... Même si je n'y participe que rarement
POURQUOI J'AIME LE CINÉMA?
La question à la con ; alors que je suis devant "Les trois visages de la peur" de Mario bava ; et que je cherche à savoir pourquoi j'aime (?) ou je devrais aimer ce film... C'est vrai que ça me travaille un peu à ce moment précis. Pourquoi j'aime le cinéma?
La première réponse qui me viendrait normalement à l'esprit ce serait de dire que j'adore qu'on me raconte des histoires. Les plus incroyables et les plus improbables, de préférence, car je goûte assez peu le cinéma réaliste. En parlant d'histoires, je n'aime pas tellement celles qui me rappellent trop le quotidien et ma vie de tous les jours. J'ai l'imaginaire gourmand, boulimique, le genre avide compulsif, quoi. Je dois avoir une sérieuse carence à ce niveau ; car aussi loin que je puis remonter dans mes souvenirs, je ne me rappelle pas que quelqu'un m'ait raconté des histoires avant de m'endormir... J'ai dû manquer de contes de fées, d'ogres et de sorcières... Alors, c'est peut être pour ça que j'ai rapidement commencé à méchamment compenser, grâce au cinéma.
On peut aussi se demander quels sont les films que l'on a aimé ; et qu'est-ce qu'ils nous ont laissé ; de quelle manière nous ont-ils marqué?
Il y en a plein ; trop. Si on me de mandait de faire un tri, style "Mon top 10", je serais bien dans la merde.
Et si on me demandait de relater de manière précise les histoires que racontent ces films, je me sentirais tout aussi emmerdé.
Je pourrais m'en tirer avec une poignée de pitches approximatifs, ou alors avec une série de dissertations assez vaseuses, très, trop littéraires... En oubliant avant tout ce qui doit rester primordial : Les images.
D'un coup ; j'ai l'oeil qui fait TILT!... Sur mon écran de télé, se déroule le dernier plan du film de Bava.
Boris Karlof galope sur un cheval, devant arrière plan de nuit brumeuse, dominante bleue. Un travelling arrière élargit le champ, qui montre tout ce qu'il y a de factice dans la scène: Le fond est peint. La brume sort d'une machine et une poignée de machinistes exécute une ronde devant la caméra, avec des branches à la main.
Et là ; ça me scie le cul, car je viens de comprendre deux trucs.
Le premier, c'est que j'aime et que j'aimerais toujours qu'on me fasse prendre les vessies pour des lanternes, même si ça coûte deux balles et des poussières.
Le deuxième, c'est que cette image de Karlof galopant dans la nuit, je l'ai imprimée ; bien plus que pas mal d'autres du film, alors que j'étais occupé à analyser les angles de prise de vue et l'utilisation des raccords dans l'axe chez ce cher Bava. Elle est BELLE. Point barre.
Alors ; des images pour vous parler des films que j'aime ; j'en ai des tonneaux. Car le fait est que j'ai une partie de la tronche qui est franchement photosensible. C'est comme ça et je serai bien embarrassé de dire pourquoi. Et en fait, c'est tout ce qui reste définitivement enregistré dans cette partie, que j'aime dans le cinéma. Des fragments qui nous impressionnent, à tous les sens du terme... Comme le faisaient les images fixes des vieux films en noir et blanc du générique du ciné club de Claude Jean Philippe, quand nous étions gosses... Le gros plan de Jean Marais maquillé dans la belle et la bête... Et la musique d'orgue de barbarie qui les accompagnait...
C'est ça. Des fragments. Des plans isolés et les ambiances particulières qu'ils distillent. Des musiques ou des sons qui leur sont associés. Des bouts de séquences. Des phrases de dialogues ; comme posées sur des photos... des instants magiques ; parfois nichés, même dans les œuvres les plus approximatives, et qui vous marquent définitivement.
Le genre de truc qui fait que quand j'ai vu la scène de montage des séquences de baisers dans "Cinéma Paradiso", j'ai chialé comme une madeleine avec Jacques Perrin. Alors que faut pas déconner ; "les vrais durs ne dansent pas"!...
J'aime ces moments. Certains les produisent de manière très sporadique, comme on arrive péniblement à tirer quelque flamme d'un vieux briquet. D'autres les empilent avec maîtrise.
S'il y en a deux ou trois par film et ce n'est pas énorme, après tout, le film en question passera dans mon panthéon.
:zen: :love: